Urgence : Patrimoine en péril !



En quelques secondes, le violent séisme subi par Haïti le 12 janvier 2010 a fait plus de 200 000 morts et des centaines de milliers de blessés et de sans logis, laissant derrière lui un pays dévasté. La Cathédrale Notre-Dame, la Cour suprême, le palais présidentiel... autant de lieux chargés d’un symbolisme fort pour le patrimoine haïtien qui ont été partiellement ou totalement détruits.


Le Centre d’art


Longtemps ignorés au profit d’artistes plus académiques, les artistes naïfs haïtiens durent attendre le milieu du siècle dernier pour accéder à la reconnaissance du monde de l’art et bénéficier d’un lieu de formation.
C’est en effet en 1944 que Peters Dewitt, peintre et professeur d’art, passionné par le style naïf des peintres des rues en Haïti, décide d’accueillir des autodidactes, en complément de ses élèves auxquels il dispensait un enseignement académique.
Le Centre d’art était né, et avec lui, le premier lieu de rencontre et d’échanges des artistes naïfs haïtiens, ainsi que la première galerie leur permettant de diffuser plus largement leur art et d’en vivre. Rejoignant les questionnements sur l’haïtianité abordés très tôt par l’anthropologue et sociologue Jean Price-Mars, l’art naïf haïtien a également permis et pour la première fois en Haïti d’ouvrir un espace de discussion sur les arts plastiques dans le pays. Installé dans une belle maison de type Gingerbread dans le centre de Port-au-Prince, le Centre d’art n’est aujourd’hui plus qu’un amas de ruines. Une partie des collections exposées a été détruite dans le séisme, quelques vols ont également été à déplorer. Ce que l’on a pu sauver est aujourd’hui conservé dans deux containers entreposés dans la rue devant le centre alors que quelques sculptures métalliques sont encore visibles au pied des ruines du bâtiment.
Spécialité des artistes du quartier de la Croix des bouquets aujourd’hui totalement dévasté et réalisées à partir de pièces de récupération, elles étaient traditionnellement exposées au rez-de-chaussée du centre.




Les fresques de la cathédrale
de la Trinité de Port-au-Prince


Construite en 1914, la cathédrale autorisa en 1950, sous l’impulsion du critique Selden Rodman et grâce au soutien de Monseigneur Charles Alfred Voegelide, des artistes du Centre d’art à orner de fresques l’intérieur de l’édifice.
Très critiqué à l’origine car jugé non-conforme à l’idée que l’on se faisait alors de l’art religieux, cet ensemble de fresques, unique dans toute le pays, est progressivement devenu le sanctuaire très recherché des peintres naïfs, parmi lesquels Rigaud Benoît, Philomé Aubin, Castera Bazille ou encore Gabriel Lévéque.



Aujourd’hui gravement endommagé, l’édifice ne conserve plus que quelques bribes de ces évocations bibliques passées au travers du prisme haïtien : le Baptême du Christ de Bazile et La Cène d’Aubin sont encore debout alors qu’un fragment de scène paysanne subsiste à l’une des extrémités de l’abside et que seule la signature de Castéra Bazile a survécu de son Ascension.
Les fragments de ces fresques sont menacés à très court terme par la saison des pluies : ces œuvres, au milieu d’un amas de ruines à ciel ouvert, ne sont pas protégées contre les intempéries et la pénurie de bâches à Port-au-Prince n’a pas permis aux responsables de la cathédrale de s’en procurer. Par ailleurs, les démolitions des ruines ont aujourd’hui commencé à Port-au-Prince.
Sensibilisés à leur patrimoine, les responsables de la Trinité isolent progressivement au milieu des gravats les fragments de fresques en vue d’une restauration ultérieure mais le temps est compté et le travail à réaliser considérable.

Patrimoine sans frontières appelle à une mobilisation urgente pour lancer une compagne internationale de sauvegarde, de restauration et de bonne conservation des derniers vestiges des fresques de la cathédrale de la Trinité, symbole important de la mémoire du peuple haïtien.



Réseau : Patrimoine sans frontières travaille en synergie avec la Bibliothèque nationale d’Haïti, l’Institut de sauvegarde du patrimoine Haïtien (ISPAN), l’ICOMOS, le Bouclier Bleu et l’ambassade de France à Port-au- Prince.

- Bibliothèques sans frontières - http://www.bibliosansfrontieres.org/
- Comité Français du Bouclier Bleu - http://www.bouclier-bleu.fr/
- ICOMOS - http://www.icomos.org/

















© Delphine Mercier
pour Patrimoine sans frontières